L’Homme, l’Animal et la Cité Par :Mustapha Hammouche

Publié le par Félix


L’Homme, l’Animal et la Cité

Par :Mustapha Hammouche

Notre confrère numérique Tout sur l’Algérie annonçait récemment qu’Alger avait lancé un avis d’appel d’offres pour l’acquisition d’une vingtaine d’ânes. Les bêtes sont destinées au transport d’ordures ramassées sur les voies inaccessibles aux véhicules des services de voirie.

Ce qui est remarquable dans cet appel, ce sont les critères précis et nombreux — huit — que les ânes candidats doivent remplir. Une bête de somme doit sûrement remplir quelque condition de santé, d’âge, de taille, etc.
Mais, si l’article ne le dit pas, l’utilisation de bourricots pour la collecte d’ordures dans certains quartiers d’Alger inaccessibles aux véhicules est une pratique historique. On ne vient pas de l’inventer.
Cette annonce est l’occasion de constater qu’il y a quelques cas où le processus d’acquisition de ressources est sérieusement conduit. On ignore si dans ce cas les procédures sont aussi bien exécutées qu’elles semblent être c*nçues, mais une telle rigueur, même si elle n’est peut-être qu’apparente, est frappante dans un contexte où la culture de gestion fait que les démarcheurs de ressources, humaines ou matérielles, sont si souples quand il s’agit de l’adéquation du profil et de la fonction. Le cahier des charges est, en effet, strict avec les ânes, quant à leur constitution physique et autres aptitudes. Est-ce parce qu’ils ne relèvent ni des ressources humaines ni des moyens matériels et qu’ils échappent aux effets de la gestion routinière des autres ressources.
Il est même demandé d’être “habitués au climat d’Alger”. Ce qui, pour une fois, énonce un critère climatique, objectif, dans la détermination de l’origine des candidats, excluant en théorie le critère régionaliste, subjectif. Cela dit, un âne habitué au climat d’Alger, à moins qu’il n’y soit né, ce doit être difficile de le savoir !
Malheureusement, c’est Alger qui a été classée ville des plus “invivables” par l’enquête annuelle de The Economist”. Invivable pour les humains, pour lesquels elle est c*nçue, comment pourrait-elle être vivable pour des créatures pour lesquelles elle n’est pas prévue ? Les ânes ne posent pas de conditions, sinon on pourrait retourner la proposition : il faudrait rechercher des ânes qui pourraient supporter de vivre à Alger.
Nous, humains, nous nous sommes peut-être adaptés à la pollution croissante de la ville, mais les bêtes, celles qu’on n’a pas aliénées en faisant des animaux de compagnie ou en les enfermant dans des cages, elles ont encore besoin de vivre au milieu d’une flore et dans une atmosphère plus naturelle. Et c’est au cours de ce déracinement qu’on oublie que c’est la ville qui est contre-nature et qu’on crie haro sur le baudet si celui-ci ne s’adapte pas à cette corruption biologique qu’on veut lui imposer !
Nous sommes certes plus intelligents, mais reconnaissons que pour ce qu’on en fait, cela ne nous aide pas toujours à mieux vivre. Si bien qu’on a besoin de plus bête que nous pour nous aider à nettoyer l’environnement que nous souillons. On n’arrive même pas à respecter, seuls, le vieux dicton populaire : “Si tu n’arrives pas à bien faire, laisse au moins ta place propre.”

M. H.  www.liberte-algerie.com

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Anna 21/06/2009 09:28

3 beauc articles, écrits par un homme qui sait ce que sont la compasion et l'empathie. Merci! C'est si rare de nos jours...