Penser la relation aux autres animaux par Gérard Condorcet

Publié le par Félix


 


          Penser la relation aux autres animaux.




Dispensés de réfléchir par leurs traditions, leurs vérités révélées, leurs habitudes routinières, des humains s’adonnent sur d’autres êtres sensibles, souvent par intérêts, parfois par jeux à des actes de cruauté et de maltraitance dont ils ne mesurent pas l’horreur.



Rares sont ceux qui argumentent, après examen, pour justifier l’élevage concentrationnaire, la torture tauromachique, la chasse, les abattages dits rituels dictés par des mythes ridicules et criminogènes devant lesquels on est sommé de se prosterner au nom du « Respect ».

Comme si l’obscurantisme, les fables, les haines des femmes, de la sexualité, de la Nature, du plaisir étaient respectables par eux-mêmes.



Les amateurs des usages ‘traditionnels » de l’animal non-humain s’abstiennent généralement de toute analyse de leurs pratiques, de toute recherche d’un fondement éthique au mépris du vivant.

Ils perpétuent des us et coutumes ancestraux, reproduisent des gestes et des comportements dont ils répugneraient s’ils avaient à les inventer.

Mais l’accoutumance, l’imprégnation culturelle, l’ancienneté du fait évitent toute question.

L’homme agit ainsi parce que d’autres l’ont fait avant lui et que tant d’autres perdurent à le faire autour de lui.

La multitude et l’épaisseur du temps sont des matelas confortables où se reposent les consciences assoupies.



Plus insupportable qu’une tentative de défense de la réification des êtres sensibles, notre époque pratique l’arrogance stupide de l’imbécile qui ricane face à un défi qui le dépasse.



Il y a pire que les maladroites propagandes des partisans, pas toujours désintéressés, de la chasse, de la tauromachie et autres raffinements des mœurs et des manières. Ce pire est l’indifférence narquoise de tant de contemporains qui feignent de ne pas comprendre que le rapport au vivant est la clé de voûte de la pensée sur l’humain et sur le monde.

Il est en effet acquis que l’humain est biologique, fruit d’une évolution, qu’il participe de la biosphère et que tout ce qui lui advient est en totale solidarité avec ce qui advient aux autres formes de vies.

Ainsi les innovations technoscientifiques passent inéluctablement de l’animal non humain à l’animal humain.

Parce qu’il y a une unité fondamentale du vivant, ce que l’homme fait à un individu d’une autre espèce, il finit toujours par le faire à ses semblables, qu’il s’agisse d’égorgements, d’inséminations artificielles, de clonage.



Les frontières ne résistent jamais très longtemps.



Et il faut s’en réjouir car il serait absurde de distinguer là

Où la biologie ne distingue pas.

L’amélioration de la condition humaine et celle des autres êtres sensibles sont indissociables.

Sauf pour les illuminés qui imaginent que l’humain est d’essence intrinsèquement séparée du reste du règne du vivant.

Ce n’est point à prétendre que tout est identique dans la Nature.

Chaque espèce possède ses particularités morphologiques, ses capacités à raisonner, à courir, à voler ou à nager et sur ce terrain l’homo sapiens sapiens bénéficie d’une supériorité cognitive considérable.

Cette particularité ne crée pas de privilèges. A défaut, il faudrait proclamer queles différences d’aptitude intellectuelles fondent, au sein de l’espèce humaine, des différences de droits, de prérogatives, d’accès à la dignité.

Il arrive même que l’espèce supérieure n’use guère de ses avantages, notamment lorsqu’elle pense la condition du vivant !



Les sévices infligés à des êtres sensibles dans la quasi-indifférence des esprits fermés prouvent les limites de l’intelligence humaine. Cette limite se révèle également à des comportements et idées irrationnels dont la raison devrait préserver l’espèce dominante.

Une éthique élaborée passe par le refus d’occasionner à autrui, c’est-à-dire à tout être sensible, ce que nous n’aimerions pas que l’on nous inflige.



Qu’ils sont dérisoires, ces humains qui caressent leurs chiens, soignent amoureusement leurs chats mais vont à la chasse cribler de plombs l’oiseau migrateur, poignarder le cerf ou dans les gradins des arènes sanglantes, frémissent à la torture d’un herbivore accculé.

Où est la cohérence ?

Ils ne devraient pas être fiers ces contemporains gavés qui ne veulent pas savoir que des millions d’animaux sont traités en pures marchandises, concentrés dans des usines à viande dirigées par des individus inquiétants qui oublient que le porcelet qu’ils mutilent, la poule qu’ils enserrent dans un espace minuscule sont dotés d’un système nerveux leur faisant éprouver le principe du plaisir déplaisir et même d’un cerveau qui leur fait ressentir l’effroi.



Les conformistes bêlant détournent leurs pensées de ces faits et évacuent le problème d’un bâillement moral : ce ne sont que des bêtes et il y a tant d’autres souffrances !

Ce lâche conformiste ne verse pas le sang, ne chasse plus, ne va pas aux corridas, mais il est tolérant et donc complice. Il se bornera avant de passer très vite à autre chose à énoncer : après tout c’est la liberté de ceux qui aiment ça et c’est si ancien » !



La presse débile ne peut pas évoquer une présence animale sans fantasmer sur des périls imaginaires mais prétextes à massacres.

Un renard, un sanglier, un chevreuil sont-ils aperçus aux abords d’un village : aussitôt c’est l’alerte. Les vieilles dames vont être attaquées, les enfants mordus, les passants en danger !



Deux espèces d’oiseaux s’adaptent-elles à l’enfer urbain ? Aussitôt, ils vont propager d’hypothétiques maladies, souillés les immeubles, empester l’environnement pollué, bruyant, abrutissant des mégapoles de béton, de verre et d’acier.

Nous vivons une époque contre Nature, une époque funeste où l’arriération, le préjugé idiot, l’absence de toute compassion caractérisent les foules décérébrées.



Oui, l’animal non-humain nous menace gravement. Oui, mais uniquement par sa disparition et la névrose collective que génère cette perte de contact avec le vivant, la Nature.

Avec cela, l’époque aime la bonne conscience formatée, l’humanitaire officiel, le prêt-à-penser du jour.

A côté de ces bons gros engagements grégaires, il y a d’immenses friches morales.

Le rapport à l’animal est un sujet tabou chez nos belles âmes médiatiques


Remarquez que ce relativisme moral, confinant au nihilisme de toute valeur éthique, s’étend souvent aux humains eux-mêmes. Ainsi, vous entendrez des paresseux de la conscience se consoler des violations des droits de l’homme ailleurs sur la planète, des excisions, des arrestations arbitraires, des assassinats d’Etat, « puisque cela participe de leurs cultures » !

Oui, ce que l’homme fait à l’animal ou tolère à son encontre finit toujours par l’atteindre.

Alors, vous pouvez avoir peur !



Gérard CONDORCET 
www.ecologie-radicale.org

CONVENTION VIE ET NATURE POUR UNE ECOLOGIE RADICALE.

Publié dans Condition animale

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Anna 28/06/2009 19:43

Merci Félix, d'avoir mis ce texte à notre disposition, de nous avoir permis d'y accéder. Dire que cela a été un pur bonheur de le découvrir serait faux, car la lecture première en est à la fois douloureuse et désespérante. Tout y est dit de ce comportement éternellement indigne de l'homme envers l'animal, de cette volonté de nier l'unité du vivant (sur laquelle de grands penseurs comme l'anthropologue Théodore Monod ont pourtant tellement insisté!!), de l'indifférence et, pire, de la complicité désespérante de ceux qui se croient supérieurs, de l'absence de compassion généralisée. Et pourtant, bonheur il y a eu, que cet article ait pu être pensé, écrit, médité, transmis, par des personnes dotées d'empathie comme Gérard Condorcet et Félix. Alors merci, oui, de nous permettre de clore le week-end et d'aborder la semaine qui vient avec cette certitude que face aux indifférents et aux méchants, il y aura toujours quelques veilleurs pour rappeler les vérités, comme des lucioles dans l'obscurité.